Le déficit foncier : 10 700 €, et ce qui a changé en 2026

Le déficit foncier est le seul mécanisme qui permette à un bailleur de faire baisser l'impôt sur ses autres revenus — salaires, pensions, revenus de gérance — grâce à un bien locatif. C'est ce qui le rend intéressant, et ce qui explique que le législateur l'ait encadré étroitement.

Il ne concerne que la location nue, au régime réel. Un meublé n'y a pas accès ; il relève des BIC et de règles différentes.

Comment naît un déficit foncier

Au régime réel foncier, vous déclarez vos loyers encaissés et vous déduisez vos charges réelles. La liste est fixée par l'article 31 du code général des impôts : dépenses de réparation, d'entretien et d'amélioration, frais d'administration et de gestion, primes d'assurance, taxe foncière, provisions de charges de copropriété, intérêts et frais d'emprunt.

Quand ces charges dépassent les loyers, vous constatez un déficit.

Attention à une exclusion qui piège beaucoup de propriétaires : les travaux de construction, reconstruction ou agrandissement ne sont pas déductibles. Refaire une salle de bains est une dépense d'amélioration, donc déductible. Créer une pièce supplémentaire ou surélever la toiture relève de l'agrandissement, donc non déductible — la dépense viendra majorer le prix d'acquisition le jour de la revente, mais elle ne réduira pas votre impôt aujourd'hui. La frontière entre les deux est une source classique de redressement.

La règle des deux compartiments

C'est le point que les articles simplifient trop souvent, et il commande tout le reste. Un déficit foncier ne se traite pas d'un bloc : on sépare la part due aux intérêts d'emprunt de la part due aux autres charges.

Le déficit provenant des charges autres que les intérêts s'impute sur votre revenu global, dans la limite de 10 700 € par an. C'est ce qui réduit directement votre impôt sur le revenu, à hauteur de votre tranche marginale.

Le déficit provenant des intérêts d'emprunt ne s'impute jamais sur le revenu global. Il ne peut réduire que des revenus fonciers, ceux de l'année ou ceux des dix années suivantes.

La fraction du déficit « autres charges » qui dépasse 10 700 € suit le même sort : reportable exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes.

Un exemple. Vous encaissez 9 000 € de loyers. Vous payez 4 000 € d'intérêts et 20 000 € de travaux d'amélioration, soit 24 000 € de charges. Le déficit total est de 15 000 €.

L'administration impute d'abord les intérêts sur les loyers : 9 000 € de loyers absorbent les 4 000 € d'intérêts. Il reste 5 000 € de loyers face à 20 000 € de travaux, donc un déficit « autres charges » de 15 000 €. Sur ce montant, 10 700 € viennent réduire votre revenu global de l'année. Les 4 300 € restants attendent vos revenus fonciers des dix prochaines années.

À 30 % de tranche marginale, l'imputation immédiate vaut environ 3 210 € d'impôt en moins.

L'engagement de location de trois ans

L'avantage n'est pas définitivement acquis le jour où vous le déclarez. Il est conditionné à la poursuite de la location.

Le logement doit rester loué jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant celle de l'imputation du déficit sur le revenu global. Si vous vendez, si vous reprenez le bien pour vous ou un proche, ou si vous le laissez vacant avant ce terme, l'administration remet en cause l'imputation : les revenus des années concernées sont recalculés sans le déficit, et vous payez la différence.

Un déficit imputé sur les revenus de 2026 impose donc de louer au moins jusqu'au 31 décembre 2029. C'est un point à vérifier avant de lancer de gros travaux dans un bien que vous envisagez de vendre.

Ce qui a changé : la fin du plafond majoré

Entre 2023 et 2025, un dispositif temporaire a doublé le plafond, le portant à 21 400 € pour la fraction correspondant à des travaux de rénovation énergétique, à condition que ces travaux permettent au logement de sortir des classes E, F ou G du DPE pour atteindre au moins la classe D, dans le délai fixé par le décret d'application.

Ce dispositif visait les dépenses payées jusqu'au 31 décembre 2025, sur la base d'un devis accepté à partir du 5 novembre 2022. Il n'est plus ouvert aux dépenses engagées aujourd'hui.

Conséquence concrète : si vous planifiez des travaux de rénovation énergétique en 2026, le plafond applicable est de 10 700 €, pas de 21 400 €. Un certain nombre de simulateurs et d'articles en ligne n'ont pas été mis à jour et affichent encore le montant doublé. Méfiez-vous, l'écart d'impôt attendu peut être du double de la réalité.

Il subsiste par ailleurs un plafond intermédiaire de 15 300 €, qui concerne des situations particulières liées à d'anciens dispositifs d'amortissement. Il est rare et ne se rencontre plus guère sur des acquisitions récentes.

Déficit foncier et micro-foncier ne vont pas ensemble

Le micro-foncier applique un abattement forfaitaire de 30 % et interdit toute déduction de charges réelles. Il ne peut donc, par construction, produire aucun déficit.

Ce qui veut dire qu'une année de gros travaux justifie presque toujours de passer au régime réel — et qu'il faut y penser avant de déclarer. Nous détaillons ce basculement et ses conséquences, notamment l'engagement de trois ans attaché à l'option, dans notre article sur le choix entre micro-foncier et réel foncier.

Le résultat foncier se calcule globalement

Une précision qui change les calculs dès que vous détenez plus d'un bien : le résultat foncier n'est pas établi bien par bien, mais pour l'ensemble de vos locations nues.

Vous additionnez les loyers de tous vos biens, vous retranchez toutes les charges, et vous obtenez un résultat unique. Un appartement bénéficiaire absorbe donc le déficit d'un autre avant tout report, et le plafond de 10 700 € est unique pour le foyer fiscal, pas par logement.

Vos quotes-parts de résultat dans des sociétés civiles immobilières soumises à l'impôt sur le revenu remontent dans ce même calcul global.

Conséquence pratique : sur un patrimoine de plusieurs biens, des travaux importants sur l'un peuvent être absorbés par les bénéfices des autres sans jamais générer d'imputation sur le revenu global. Le levier fiscal du déficit foncier est d'autant plus fort que votre résultat foncier d'ensemble est proche de zéro.

Trois erreurs qui coûtent cher

Concentrer tous les travaux sur une seule année. Si vous engagez 40 000 € de travaux d'un coup, 10 700 € seulement réduisent votre revenu global, le reste attend des revenus fonciers futurs qui n'arriveront peut-être jamais si vous n'avez qu'un bien. Étaler sur deux ou trois exercices permet souvent d'utiliser plusieurs fois le plafond. Le fait générateur est la date de paiement de la facture, pas celle des travaux.

Oublier que le report est cantonné aux revenus fonciers. Un propriétaire d'un seul bien, dont les loyers couvrent les charges les années suivantes, peut ne jamais consommer son report. Le déficit reporté n'a de valeur que si vous aurez des bénéfices fonciers à effacer.

Confondre amélioration et agrandissement. C'est la première cause de rectification sur ce sujet. En cas de doute sur un chantier lourd, faites qualifier les postes par un professionnel avant de déduire, et conservez des factures détaillées poste par poste plutôt qu'un devis global.

Où cela se déclare

Le régime réel foncier passe par la déclaration n° 2044, à joindre à votre déclaration de revenus. Le déficit imputable sur le revenu global est reporté sur la 2042, et les déficits antérieurs restant à imputer se suivent d'année en année sur la 2044.

Ce suivi pluriannuel est le vrai travail : un déficit reporté se conserve dix ans, et personne ne vous rappellera qu'il existe. Tenez le compte de ce qui reste à imputer, année par année, bien par bien. C'est exactement le genre de mémoire que votre déclaration de l'an prochain vous demandera.